08.03.2007
Carnets retrouvés de Jim Morrison.
Paris, Café de Flore le 22 mai 1971.
Mon corps me trahit. Le temps jusque là suspendu a repris son cours. Je sens fléchir mes jambes et ma main n'est plus très sûre. Je ne me souviens plus des aléas du jour qui s'achève et je sens que mon visage se creuse, arborant les stigmates de l'angoisse qui me tord le ventre. Il me reste si peu de temps pour m'inventer une mort qui vaille la peine que je vais devoir improviser. Je ne ressens aucune tristesse au moment de partir car cette vie de peu avait fini par me lasser. Lorsque la passion de faire vous a quitté c'est le deuil de son miracle personnel qui commence. La mort, ma mort, approche à grandes enjambées, me passe, me dépasse et je trépasse. Vous parlerez bientôt de moi au passé, sans nostalgie de ce que j'ai été, sans compassion pour celui qui marchait, déjà invisible, à vos côtés. Je meurs, oui, mais d'une mort surnaturelle, une mort qui n'appartient qu'à moi et que je refuse de partager avec personne. Seul, je l'étais déjà depuis de longues années, piégé dans l'impasse des attachements irrésolus.
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19.10.2006
Lettre de Jim Morrison à Michaël McClure n°14.
Paris, Hôtel Guy-Louis de Boucheron, le 30 avril 1971.
Michael,
Avec Pam, we have a dream, nous installer dans le Sud de la France dans une vieille église désaffectée et nous retrouver enfin. Car je n'envisage pas de vie en dehors de l'écriture. Qui suis-je aujourd'hui? Où vais-je? Que dois-je faire pour parvenir à être enfin ce que je sais que je suis? Combien de temps encore devrais-je faire croire, simuler, avant de reprendre ma véritable identité? J'ai la certitude absolue depuis l'enfance que j'appartiens à une autre race que mes compagnons d'infortune. Je suis condamné au silence parce que l'être humain n'a aucune imagination et qu'il doute même des preuves. Confronté à l'évidence, il hurle à la supercherie, aux effets spéciaux. L'homme de la rue est prêt à croire sans discuter ce qui l'arrange ou, du moins, ce qui ne dérange pas son système de pensée archaïque. Combien sommes-nous, à l'instant où j'écris ces lignes, à avoir cette certitude? Quelques uns, ou des millions? Et si, comble de l'horreur, j'étais le seul, parmi quatre milliards d'homidés, à être ce que je suis: une conscience condamnée à vivre à jamais.
Donne de tes nouvelles.
Jim.
11:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pop-rock, littérature, manuel de savoir-vivre
19.07.2006
Lettre de Jim Morrison à Michaël McClure n°13.
De retour vers la France, le 25 avril 1971.
Cher Michael,
J'ai un goût prononcé (ou gardé sous silence si tu préfères) pour inonder avec mes propres mots les marges de livres sans importance. C'est sans doute avec le secret espoir de leur en donner (de l'importance) à mes yeux en tout cas. Aujourd'hui, je campe dans les marges du Canzoniere d'Umberto Saba.
Revenons à mes vieux démons réveillés en sursaut penant leur sieste digestive. Il faut que je change de vie pendant qu'il est encore temps, c'est une question de minutes. Si je continue à ce rythme, je vais mourir bientôt. Je le sens, je le sais. Dans six jours, dans six mois? Guère plus. Je suis comptable du temps qu'il me reste. Ne pense pas qu'il s'agisse d'une pose esthétique à la Dorian Gray! Non, j'ai à faire face à une terrible révolte de l'âme, une lassitude profonde!
Je ne puis continuer ainsi et assister sans réagir au naufrage de mes valeurs. Oui, je crois au don magique de la vie et si je dois mourir bientôt cela sera plus un réflexe de défense face à la dictature de l'instinct de survie qu'un lâche abandon du combat en première ligne.
Primo Levi écrivait que les prisonniers des camps de la mort avaient pour la plupart perdu toute envie de lutter contre une mort certaine. Aucune envie de se révolter contre des bourreaux pourtant peu nombreux. Certains se suicidaient, d'autres, résignés, attendaient le moment où.... Je vais ainsi, à marches forcées, vers une mort individuelle acceptée de bonne grâce bien que non désirée (loin de moi l'idée de mettre fin à mes jours volontairement).
Muto, parto dell'ombre per l'immenso impero. Solitario ho attraversata tutta mia vita. E morte m'aspetta.
A te lire.
Jim Morrison.
11:00 Publié dans POPROCK | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Poprock, littérature


